FIARA 2025: Des femmes transformatrices de lait, ambassadrices du pastoralisme moderne
Après la construction et l’équipement d’unités de transformation laitière (UTL) dans sa zone d’intervention, le PRAPS appuie régulièrement les bénéficiaires à l’occasion des grandes rencontres comme la Foire Internationale des Ressources Animales (FIARA).
Dans le dédale des allées animées de la Foire Internationale de l’Agriculture et des Ressources Animales (FIARA), les visiteurs se faufilent entre les étals des stands colorés de fruits et produits tropicaux. Sous de grandes tentes, des animaux et engins agricoles dernier cri sont exposés. Dans ce tumulte festif, un stand attire particulièrement les curieux : celui des transformatrices de lait soutenues par le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel (PRAPS). Elles sont plusieurs femmes venues de la zone agrosylvopastorale et s’activant dans la transformation du lait local. Longtemps reléguées au second plan dans la chaîne de valeur du lait, ces femmes ont vu leur quotidien transformé, grâce à l’appui de partenaires comme le PRAPS.
Dans sa première phase, le projet a construit 5 mini-laiteries à Tarédji, Dahra Djoloff, Boulal et Sinthiou Bamambé pour des groupements d’intérêt économique (GIE) de femmes. Il a aussi construit ou réhabilité six centres de collecte du lait à Déaly, Boulal, Mafré, Souylène, Mboundom et Lour Escal. Situées dans sa zone d’intervention, ces infrastructures laitières sont dotées d’équipements adaptés à la collecte et à la transformation du lait dans les meilleures conditions d’hygiène. Le coût global des travaux et équipements de ces infrastructures s’élève à 366 000 000 FCFA.
Formation, un levier de transformation
Au-delà des infrastructures, c’est un changement de vision qui s’est opéré. «Avant, on perdait des quantités importantes de lait, particulièrement en période d’hivernage, faute d’unités de transformation et de savoir-faire adéquats. On faisait du lait caillé à la maison, dans des conditions pas toujours idéales. Aujourd’hui, grâce à la formation que nous avons reçue, on fabrique du yaourt, du fromage, du beurre de vache, avec des normes de qualité qui nous permettent même d’atteindre les marchés urbains », confie Aminata Dia, transformatrice venue de la région de Louga et présente à la FIARA grâce à l’accompagnement du PRAPS.
Dans l’optique d’appuyer la valorisation des produits animaux et de soutenir le développement des chaînes de valeur lait, le PRAPS a mis l’accent sur la formation comme levier de transformation. En plus des bâtiments, certaines bénéficiaires ont été accompagnées par des sessions de formation techniques portant sur l’hygiène, la transformation, le conditionnement, entre autres. Rien n’a été laissé au hasard. Les résultats de cette vision systémique ne se font pas attendre, comme en témoigne la qualité de leurs produits qui rivalisent en présentation et en goût avec ceux du secteur industriel. « Nous avons appris à pasteuriser le lait, à faire des recettes innovantes, à présenter nos produits avec des emballages attractifs. Les clients reviennent. Nous en sommes fières », se réjouit Néné Diédhiou, dont les pots de yaourt aromatisé et les portions de fromage se vendent comme de petits pains.
Autonomisation financière
En plus de la création et de l’équipement de leurs unités de transformation laitière et des formations pratiques, le PRAPS appuie ces acteurs à l’occasion des grandes foires agricoles, comme la FIARA. L’objectif étant d’appuyer la promotion des produits laitiers. Ainsi, le projet facilite la participation logistique des bénéficiaires, à travers la prise en charge de leur transport, la location de stands et leur restauration. Une approche qui ouvre à ces bénéficiaires des marchés élargis et rémunérateurs. « Avant, je gagnais à peine 20 000 FCFA par jour en vendant du lait caillé dans le village. Aujourd’hui, pendant la FIARA, je fais parfois jusqu’à 700 000 FCFA de chiffre d’affaires », témoigne Seynabou Kâ, du GIE Kedoungal Kossam de Dahra.
« Et même après la foire, je garde les contacts des clients. Certains m’appellent pour passer des commandes surtout pour le fromage », renchérit-elle. Grâce à leur participation régulière à ces foires, les bénéficiaires du PRAPS ont vu leurs revenus sensiblement augmenter. Ce qui leur permet d’augmenter leurs investissements productifs. « Les bénéfices générés par l’activité sont réinvestis dans l’achat de congélateurs, d’emballages, de tanks, de tricycles pour la collecte de lait, ou même dans l’élevage de vaches laitières pour sécuriser notre approvisionnement », explique Seynabou Kâ. L’augmentation des revenus permet également à plusieurs transformatrices d’accéder aux microcrédits pour agrandir leur activité.
Le PRAPS, catalyseur d’émancipation
À travers son appui pour la valorisation du lait local, le PRAPS ne se contente pas de promouvoir le pastoralisme moderne. Il renforce également la résilience économique des femmes agropasteurs, faisant d’elles des actrices clé de la souveraineté alimentaire et des modèles inspirants pour leurs communautés.
A la clôture de la FIARA, ces femmes transformatrices ne sont pas reparties comme elles sont venues. Elles emportent avec elles bien plus que des ventes et des contacts. Elles repartent avec une reconnaissance, une fierté nouvelle et un élan collectif. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus seulement des vendeuses de lait. Nous sommes des entrepreneures laitières » conclut fièrement Néné Diédhiou. Les histoires de réussite économique de ces bénéficiaires suscitent inspiration, au-delà du goût irrésistible de leurs produits.
