Marché à bétail de Bondji : plaque tournante du commerce du bétail au Sahel

Le marché à bétail de Bondji, situé dans le département de Bakel (Région de Tambacounda), connaît un nouveau souffle. Construit par le Projet Régional d’Appui au Pastoralisme au Sahel-Phase 2 (PRAPS-2), à hauteur de 107 millions de francs CFA, ce site stratégique attire désormais de nombreux éleveurs et marchands de bétail chaque jeudi. Véritable pôle économique à l’échelle régionale, il répond aux besoins des acteurs de la chaine de valeur de disposer d’un cadre sécurisé pour les transactions commerciales autour du bétail. 
À Bondji, dans la région de Tambacounda au Sénégal, chaque jeudi, le marché devient un véritable carrefour régional, attirant une multitude d’éleveurs et de commerçants de bétail venus non seulement de cette localité, des régions sénégalaises telles que Matam, Kaffrine, Diourbel et Saint-Louis, mais également des pays voisins comme le Mali et la Mauritanie. La foire hebdomadaire accueille environ 1 000 bovins et 2 000 petits ruminants. Ces chiffres grimpent lors des fêtes religieuses et des célébrations communautaires
En ce 2 octobre 2025, Mamadou Abdoul Ba, commerçant de bétail, a acheminé une trentaine de bœufs au marché de Bondji. « Avant la construction des infrastructures marchandes, nous enregistrions des pertes d’animaux. Aujourd’hui, tout est sécurisé », témoigne-t-il. Et de préciser qu’il écoule chaque jour de marché entre 20 et 30 bœufs, à des prix variant entre 250 000 et 500 000 francs CFA l’unité. Originaire de Kiffa, en Mauritanie, Baba Dicko est venu au marché de Bondji pour écouler son bétail. « Aujourd’hui, j’ai amené 87 bovins. Il m’en reste 25 que je vendrai dans d’autres marchés tout au long de mon trajet de retour », confie-t-il. Habitué des circuits commerciaux transfrontaliers, Baba Dicko affirme fréquenter ces marchés sans difficulté. « Ici, les échanges se passent bien. Il y a une bonne entente avec les acteurs sur place. », ajoute-t-il. La gestion du marché à bétail de Bondji est assurée par un Comité de gestion (COGES) regroupant les acteurs de la filière. « Nous veillons à la sécurité du site et des transactions, à l’entretien des infrastructures, ainsi qu’à la collecte des taxes liées à la fréquentation du marché, soit 250 francs CFA par tête de bovin à l’entrée et à la sortie, et 100 francs CFA par petit ruminant à l’entrée uniquement », précise Yoro Samba Sagna, président du COGES.

L’infrastructure permet de sécuriser les animaux, d’offrir aux éleveurs des prix rémunérateurs et aux commerçants de réelles opportunités économiques, tout en générant des recettes destinées au développement communautaire. Par ailleurs, de nombreuses femmes y mènent des activités génératrices de revenus, notamment à travers la vente de denrées alimentaires et d’aliments du bétail. Il en est ainsi de Diari Diao, restauratrice, qui dit bénéficier pleinement de l’affluence du marché. « Cette clientèle me permet de réaliser de bonnes ventes chaque jeudi », confie-t-elle.

Le marché à bétail au cœur de cette vitalité économique est réalisé par le PRAPS-2 au Sénégal. « A la demande des acteurs, nous avons construit le marché à bétail des petits ruminants et réhabilité le marché des gros ruminants, en y installant des abreuvoirs, des forages solaires, des hangars, des quais d’embarquement et en réfectionnant les bureaux. Dès le début du processus, nous avons mis en œuvre l’approche d’ingénierie sociale visant à assurer l’appropriation de l’infrastructure par les bénéficiaires et sa durabilité », a soutenu Dr Alfred Diouf, Chef d’antenne du PRAPS-2 Sénégal à Kanel.

Dans le cadre de sa deuxième phase, le PRAPS-2 Sénégal prévoit la construction et la réhabilitation de quatre marchés à bétail supplémentaires dont deux sont déjà réceptionnés, venant s’ajouter aux huit infrastructures déjà réalisées lors de la phase initiale du projet. Financé à hauteur de 50 millions de dollars US par la Banque mondiale et l’État sénégalais, le projet vise à renforcer durablement la résilience des pasteurs et agropasteurs. Mis en œuvre sur la période 2022-2027, le PRAPS-2 SN consolide les acquis de sa première phase, réalisée entre 2015 et 2021 avec un budget de 30 millions de dollars US.

Dans ses six pays d’intervention (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad), le PRAPS-2 s’emploie à réaliser 84 marchés à bétail, en plus des 102 infrastructures mises en place lors de sa première phase. Placé sous la coordination régionale du Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), le projet est financé par la Banque mondiale et les Etats participants à hauteur de 297, 73 milliards de francs CFA (517 millions de dollars US). Sur ses deux phases, le financement global à l’échelle régionale s’élève à 765 millions de dollars US environ, soit 439, 87 milliards de francs CFA. 

Roger SANKARA

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