Services vétérinaires de proximité : le Sénégal à l’école du Niger

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10 Juil 17
Écrit par Lu 779 fois
Publié dans ACTUALITES

La santé animale est l’une des clés de succès d’un élevage performant et productif. Base de la santé animale, la vaccination bat de l’aile au Sénégal. En dépit d’efforts importants, la faiblesse du taux vaccinal est la contrainte majeure de la morbidité et de la mortalité du cheptel. Pour pallier ce phénomène et donner aux éleveurs les meilleures chances de vacciner leurs animaux, le mandat sanitaire a été institué en 1995.

Bon an mal an, le mandat sanitaire dévolu au privé, a permis au Sénégal d’améliorer et de diversifier l’offre de services vétérinaires auprès des éleveurs. Il a apporté une réponse plus ou moins satisfaisante au déficit de personnel des services vétérinaires publics. Il a permis d’améliorer les rapports entre demandeurs (éleveurs et agropasteurs) et prestataires privés. Ces rapports sont basés sur la qualité du service et sur son coût pour les bénéficiaires.

Cependant, les effets espérés (démocratisation de l’acte vaccinal et couverture nationale) ne se sont pas produits. En somme, le mandat sanitaire ne semble avoir été assez motivant pour tirer le privé vers les zones rurales enclavées. Ainsi, il existe encore plusieurs localités en milieu pastoral, notamment aux frontières avec le Mali et la Mauritanie, où un important cheptel ne bénéficie toujours pas de couverture vaccinale régulière. Et donc pour atteindre les normes de l’OIE qui préconisent la vaccination de 80% du cheptel pour une protection convenable, le Sénégal doit adopter de nouvelles stratégies vaccinales portées par une réorganisation innovante de son système vétérinaire.

Au Niger, une solution semble avoir été trouvée avec l’approche des SVPP (Services vétérinaires privés de proximité). L’idée des Services vétérinaires privés de proximité est née d’un atelier de réflexion sur les « Stratégies de mise en place et de pérennisation de la clinique vétérinaire rurale », tenu en juin 2003 à Dakoro, dans la région de Maradi. Le Niger avait alors opté pour la privatisation de la médecine vétérinaire avec, à la clé, l’installation en milieu rural de cliniques privées, de pharmacies et dépôts de médicaments vétérinaires. Ce redéploiement vétérinaire s’appuie sur la formation d’auxiliaires d’élevage.

Après des débuts poussifs, le tout premier SVPP est né à la suite de l’atelier de Dakoro sur l’initiative des ONG Vétérinaires Sans Frontière Belgique (VSF-B) et Karkara Niger, dans le cadre du projet PROXEL (Proximité Eleveurs). Le système met en relation un Docteur en médecine vétérinaire (DMV) installé en clinique privée avec un réseau d’auxiliaires d’élevage (AE) mieux formés et bien suivis. Le SVPP est un concept de santé animale communautaire, prioritairement orienté vers les zones pastorales enclavées. Il offre des services vétérinaires fiables, durables et de qualité. L’accessibilité géographique et financière de ces services est la clé de voûte de l’architecture. Pour couronner le tout, un approvisionnement régulier en produits vétérinaires est assuré pour consolider la mise en œuvre du mandat sanitaire.

A l’évaluation, ce projet s’est avéré une grande réussite, avec des résultats intéressants. Exemple : les chiffres de la vaccination ont été multipliés par dix, en cinq ans, dans le département de Dakoro. Depuis cette première expérience, d’autres SVPP ont été créés par VSF-B avec ses partenaires locaux principaux et d’autres partenaires et institutions de développement. Plusieurs vétérinaires privés ont également pris l’initiative de lancer de nouveaux SVPP avec l’appui de l’autorité publique.

C’est pour s’inspirer du modèle nigérien en matière de SVPP, qu’une mission du PRAPS Sénégal a séjourné au Niger du 04 au 11 juin courant. La mission était composée du Dr Coumba Faye Diouf, point focal du PRAPS à la Direction des Services vétérinaires, du Dr Rosalie Martine Ndew Seck, chef du Service régional de l’Elevage de Tambacounda, du Dr Imam Thiam, Président de l’Ordre des Docteurs vétérinaires du Sénégal, de Atoumane Mamoudou Kane, de l’ONG Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) et de Bassirou Sall, responsable du Renforcement des capacités et Genre du PRAPS Sénégal.

Au moment de la visite de la délégation sénégalaise, le Niger compte dix-huit SVPP. Tous bénéficient du mandat sanitaire pour la vaccination contre la PPCB, la PPR et la Pasteurellose des camélidés, dans les départements où ils sont installés. A cet effet, près de 500 auxiliaires d’élevage actifs ont été mis en réseau. Le SVPP de Dakoro avec son réseau de 54 auxiliaires est un exemple de réussite de part ses effectifs de vaccination et autres types d’interventions. Il a donc balisé le chemin.

A ce jour, le SVPP a été retenu comme mode d’opération et de promotion des vétérinaires privés. Il figure dans les nouveaux textes portant sur l’exercice de la profession vétérinaire adoptés en 2011 et dans la Stratégie de développement durable de l’élevage au Niger (2012-2036). Le guide de mise en place des SVPP a été édité en 2015 par le ministère de l’Elevage qui, la même année, a pris deux arrêtés. Le premier fixe les missions et conditions de création d’un SVPP et l’autre détermine les activités professionnelles de l’auxiliaire d’élevage. Le SVPP est structuré autour de trois composantes fondamentales et indissociables. La composante pratique vétérinaire assure le suivi sanitaire des animaux (vaccination et traitement), garantit le réapprovisionnement en intrants vétérinaires et zootechniques et offre des conseils en élevage. Elle contribue aussi à la surveillance épidémiologique des maladies.

La composante sensibilisation vise à conscientiser les éleveurs à la prophylaxie, au traitement des animaux, aux nouvelles techniques d’élevage et, dès le départ, à la nécessité de recouvrement des coûts des services offerts par la composante pratique vétérinaire. Cette composante est gérée par les organisations d’éleveurs. Les éleveurs sont au centre du dispositif et jouent un rôle actif dans le fonctionnement du SVPP. Ils soutiennent les auxiliaires en élevage (AE) dont ils participent à la sélection et acceptent de payer comptant les soins et les médicaments délivrés à leurs animaux. Les associations d’éleveurs constituent, avec les communes, les services d’élevage, les chefferies traditionnelles et le projet d’appui, les acteurs de la composante sensibilisation.

La composante suivi-contrôle est chargée de veiller à la qualité du service délivré aux éleveurs et au respect de la déontologie vétérinaire et de la règlementation. C’est une composante à part entière du service public et de l’ordre des médecins vétérinaires. Il nécessite, par conséquent, l’affectation de moyens suffisants pour veiller sur le bon fonctionnement du système.

La clinique vétérinaire rurale (CVR) et le réseau d’AE constituent le réseau de santé animale de proximité. Le réseau est placé sous la responsabilité du Docteur en médecine vétérinaire (DMV). Celui-ci dirige et gère la CVR, assure l’encadrement, le suivi, la formation et l’approvisionnement en intrants vétérinaires des AE. Il réalise les soins et opérations chirurgicales vétérinaires qui sortent du champ d’intervention des AE. Il assure le suivi sanitaire et zootechnique global dans le département couvert par sa structure. Il peut être assisté d’un ou de deux adjoints qui sont salariés du SVPP.

Le SVPP est garant de tous les actes vétérinaires posés par les AE. Les AE dont le nombre dépend de l’étendue de la zone couverte (un AE pour un rayon de 5 à 10 km), constituent les acteurs de proximité. Ce sont des hommes ou des femmes, sélectionnés par leur communauté, selon des critères bien définis et ayant participé, avec succès, à une formation sur dix modules agréés par la Direction générale des Services vétérinaires (DGSV).

La fonctionnalité des AE dépend largement des possibilités de réapprovisionnement rentable en médicaments vétérinaires. D’où la nécessité d’appuyer la structuration de la filière locale d’approvisionnement avec des dépôts et pharmacies vétérinaire), tout en veillant à garder un prix raisonnable du médicament auprès de l’éleveur. Les AE ne sont pas salariés. Ils sont rémunérés à partir des bénéfices issus des ventes de médicaments et des prestations propres ou en collaboration avec les vétérinaires privés.

Le Service de l’élevage contrôle le respect de la règlementation et la qualité des services offerts. Les associations d’éleveurs veillent au respect de certains principes (prix homologués, tenue de stocks, conformité des produits). Le projet d’appui partenaire contrôle la bonne gestion de la CVR. L’Ordre national des Vétérinaires du Niger (ONVN) veille au respect des principes de déontologie et d’éthique de la profession vétérinaire.

Pour la mise en place et la pérennisation du dispositif envisagé, tous les acteurs sont impliqués à toutes les étapes. La précision du rôle de chaque partie prenante dans le déroulement du processus, est fondamentale dès le départ. Au-delà des connaissances techniques, il est important de tester les capacités humaines et managériales des candidats vétérinaires ainsi que leur volonté de porter le projet. Le SVPP ne fonctionnera que si le vétérinaire entretient de bonnes relations avec les éleveurs, ses adjoints, les AE, les partenaires et se donne à fond. Le vétérinaire a besoin d’adjoints pour aider à suivre et renforcer les AE. La sélection des AE doit se faire de façon participative avec les communautés.

Après avoir suivi une première présentation générale par VSF-B sur l’historique, le dispositif et de la démarche du SVPP et de son installation au Niger, la mission s’est rendue dans la région de Maradi pour découvrir en grandeur nature la réalité de terrain d’un SVPP. A Dakoro, le Dr Hamidou Issoufou dirige un SVPP installé en 2003. Cette étape a permis de faire un exposé détaillé, suivi de discussions sur le dispositif, le fonctionnement et les réalisations d’un SVPP, en présence des principales parties prenantes.

A Mirriah, la mission a rencontré le Dr Abdoul Karim Oumarou, à la tête d’un SVPP en cours d’installation. Elle a tenu avec lui une séance de travail en présence du Directeur départemental de l’élevage et du responsable de VSF Belgique. Le Dr Oumarou a évoqué, à cette occasion, les conditions de son installation, les difficultés qu’il rencontre et ses rapports avec le service public de l’élevage.

Partant des enseignements titrés des échanges avec les acteurs pendant le séjour au Niger et du contexte sénégalais, la mission a émis des propositions d’installation et de démarche de mise en œuvre de SVPP autour des trois cabinets vétérinaires privés en zone pastorale que le PRAPS a prévu de construire et d’équiper pour renforcer la présence des mandataires dans les zones pastorales transfrontalières. Les sites proposés, tenant compte de la répartition des services publics et des privés déjà installés et de leur rayon d’action, sont Saly Escale (Koungheul), Thillé Boubacar (Podor) et Payar (Koumpentoum).

La dernière étape de la mission au Niger a été consacrée aux entretiens avec l’ONG VSF Belgique pour trouver des pistes de facilitations pour la création de SVPP au Sénégal. Le schéma de collaboration retenu fait d’AVSF Sénégal une plateforme d’intervention pour les activités à mener. Des actions ponctuelles d’appui seront assurées par des experts de VSF-B. Ce schéma, s’il validé par les responsables des deux ONG, fera l’objet d’un protocole. En plus d’AVSF, l’ODVS constitue un partenaire incontournable de la mise en place de SVPP, aussi bien pour la sélection des docteurs vétérinaires que pour la mise en place et le contrôle du système. Il est prévu de signer un protocole entre la DSV chargé du contrôle et du suivi et l’ODVS pour son implication dans cette activité.

Dernière modification le lundi, 10 juillet 2017 13:18